Dimanche 23 mars 2008
7
23
/03
/Mars
/2008
12:50
Nous avons voulu consacrer ce premier portrait de Kochipan à un grand comédien chinois : Ying Ruocheng.
On le connaît en occident grâce à ses rôles mémorables dans les films de Bernardo Bertolucci : Le dernier empereur et Little Buddha où ses talents de comédien ont littéralement explosé. Sa vie fut
intimement liée à une partie de l'histoire de la Chine moderne.
I - Sa biographie
Ying naquit en 1929 à Pékin. Son père était un professeur et interprète d'Anglais. C'est d'ailleurs lui qui l'initia à la littérature Anglaise. Durant la guerre avec le Japon, Ying et sa famille
connurent la misère et le père de Ying fut d'ailleurs emprisonné à de nombreuses reprises. Cette douleur ne s'arrêtera pas au sortir de la guerre puisque son père fuit à Taïwan alors que Ying reste
en Chine contentinentale. L'acteur vit ainsi de plein fouet les tumultes de la Chine.
En 1946, Ying fait des études littéraires à l'université Tsinguha de Pékin. C'est d'ailleurs là-bas qu'il rencontrera sa femme, elle même actrice. En 1950, tous les deux rejoignent le théâtre de
l'art du peuple de Pékin. C'est là bas qu'il aura l'occasion de jouer des pièces de Shakespeare, Tchekhov et surtout Lao She notamment avec la pièce : "La maison de thé". Ying est très ouvert à la
culture occidentale et c'est ce qui sera la cause de nombreux problèmes. Tout d'abord il tourne un film qui sera censuré en 1965 par la femme de Mao et qui ne sortira en Chine qu'en 1977. Il faut
savoir qu'à cette période la femme du président chinois règne en maître sur la culture et la suite logique sera la terrible Révolution culturelle. Ying sera comme beaucoup d'artistes arrêté et
emprisonné. Lui et sa femme passèrent ainsi 3 ans en prison séparés de leurs deux enfants. Après cette douloureuse experience, Ying fut, pendant de nombreuses années mis à l'index. Lui même ne
comprenait pourquoi cet acharnement sur son travail alors qu'il n'était qu'un simple comédien. A la fin des années 70, la Révolution culturelle pris véritablement fin et Ying Ruocheng put de
nouveau exercer son métier comme il le souhaitait.
Il retourna au théâtre de l'art du peuple de Pékin et joua à nouveau la pièce de Lao She. Sa passion pour les écrivains occidentaux le conduit à aller jouer à l'étranger notamment aux Etat-Unis, en
Suisse ou bien encore la France.
Les années 80 pouvaient commencer sur de bonnes bases pour ce grand acteur. Il joua ainsi pour le cinéma le rôle de Yuan Shikai, le président chinois entre 1912 et 1916 qui essaya de devenir
empereur. En 1982, il endossa le rôle de Khan Kubilai pour la série télévisuelle Marco Polo.
En 1987, c'est le grand tournant ! Du moins pour nous en occident. Car c'est avec le chef d'oeuvre de Bernardo Bertolucci, Le Dernier empereur, qu'on le découvrit. Les deux hommes collaborèrent de
nouveau sur le grandiose "Little Buddha".
Dans le même temps entre 1986 et 1990, l'acteur devint vice-ministre de la Culture. Pour lui la culture chinoise devait véritablement connaître des échanges avec les cultures occidentales. Le parti
communiste, selon lui, peut critiquer mais ne doit pas censurer l'essort culturel. On le voit même dans des fonctions très officielles, il gardait cette ouverture d'esprit qui le caractérisait.
Avant de mourir, l'acteur avait entrepris une nouvelle traduction d'Hamlet de Shakespeare. Il maitrisait parfaitement l'Anglais et avait déjà eu l'occasion d'adapter des pièces de cet auteur.
Il nous a quitté le 27 décembre 2003 des suites d'une longue maladie. Pour nous, il restera un acteur de grand talent malheureusement méconnu dans nos contrées.
II-Ses rôles dans Le Dernier Empereur et Little Buddha
C'est par ces deux grands films que nous l'avons connu en France. Deux films où il a pu nous montrer l'étendu de ses talents de comédien.
Dans le film Le dernier empereur il joua le rôle du gardien de prison de Pu Yi, le dernier empereur. Homme stricte, disciplinaire, c'est lui qui sera à l'origine de la "réeducation" de Pu Yi. Ying
Ruocheng parvient à insuffler à ce personnage une dose d'humanité qui ne peut laisser le spectateur indifférent. Ironie de l'histoire, il joue finalement son propre rôle quand à la fin du film on
le voit battu et humilié par les gardes rouges lors de la Révolution culturelle. Pu Yi tentant de démontrer à ces jeunes fanatiques que c'est un homme bon et juste.
L'émotion sera à son paroxysme quand quelques années plus tard il endossera le rôle de Lama Norbu pour le film" Little Buddha". Son personnage est chargé de retrouver la réincarnation de son maître
et s'ensuit pour le spectateur une initiation au bouddhisme et à son histoire. Rôle différent mais toujours cette même essence, ce jeu d'acteur à la fois simple mais ô combien juste et
attachant. On aurait envie de rencontrer ce moine et partir avec lui sur le chemin de Bouddha.
Il est dommage pour nous que nous n'ayons pu connaître Ying Ruocheng que par ces deux rôles et pourtant ils auront suffi à nous faire aimer cet acteur !