Partager l'article ! Yan Lianke : Servir le peuple: Titre : Servir le peuple Titre original : Wei renmin fuwu Auteur : Yan Lia ...
Titre : Servir le peuple
Titre original : Wei renmin fuwu
Auteur : Yan Lianke
Origine : Chine
date de publication en Chine (avant censure) : 2005
Date de publication en France : 2006
Editeur : Philippe Picquier
Résumé : Durant la révolution culturelle, Wu Dawang un soldat venant de la province est affecté dans une caserne militaire. C’est un bon exemple capable de réciter les 286 phrases de la pensée maoïste et respectant à la lettre les directives du régime. Jusqu’au jour où il succombe aux avances Liu Lian, la femme de son colonel. S’ensuit des ébats sexuels où le plaisir trouve sa raison d’être dans la destruction d’objets à la gloire de Mao Zedong et de la révolution…
Note : « Servir le peuple » est un discours qui fut prononcé par Mao Zedong en 1944 et qui deviendra par la suite un leitmotiv de la révolution culturelle. L’auteur a poussé la logique jusqu’au bout puisqu’à la fin de l’ouvrage, on retrouve ce discours.
Critique : Voilà un roman bien particulier et dont il est rare que nous nous en fassions l’écho à Kochipan car il attaque coup sur coup les domaines de la politiques et du sexe. C’est donc à un public averti qu’il se destine en priorité. Mais que l’on se rassure il ne s’agit ni d’un livre de propagande ni un récit pornographique. Ce serait mal connaître l’auteur dont nous chroniquons pour la deuxième fois une œuvre. Il utilise l’humour et le cynisme pour mieux faire passer son message.
Il fallait oser. Utiliser cette phrase célèbre de Mao Zedong « Servir le peuple » pour l’utiliser au fin d’ébats sexuels et détruire les multiples symboles de la révolution chinoise pour y assouvir son plaisir. Bien entendu c’est le genre de chose qui ne passe pas en Chine et le livre fut censuré. Yan Lianke nous entraine dans cette folie jubilatoire et le pire c’est que l’on y prend goût.
A travers ce côté iconoclaste se cache un message qui veut prévenir des excès et il en ressort quelque chose de plus fin qu’on ne pourrait le croire. Il faut arrêter de vouloir déifier les dirigeants et ne pas oublier la nature même de l’homme qui ne pourra jamais aller au delà des grandes causes. On ne peut également réduire ce roman à une simple destruction des différents emblèmes révolutionnaires, même si l’on sent que l’auteur s’en donne à cœur joie et qu’il y assouvie un véritable fantasme. Si le roman s’était ramené à ces simples actes alors il aurait manqué quelque chose et on aurait pu accuser Yan Lianke de se contenter de détruire sans apporter plus de repères et plus de matériaux de reconstruction.
Car au delà de tout ça se cache des sentiments bien plus profonds et c’est en cela que le roman tire sa force. Il montre ainsi les limites de la vision d’une politique de censure quelqu’elle soit.
L’auteur remet en cause les débordements, non les hommes. L’idéologie doit être faite pour servir le peuple et non être une fin en soi.
Une nouvelle fois, Yan Lianke confirme être un auteur Chinois contemporain avec lequel il faut compter.
Note Kochipan : 9/10