Partager l'article ! Interview : JungKook Han: JungKook Han est un jeune réalisateur sud coréen ...
|
JungKook Han est un jeune réalisateur sud coréen. Il nous avait ébloui lors du dernier festival Cinérail où son film "Talk" reçut le grand prix de ce festival. Ce court métrage raconte l'histoire d'une jeune fille aveugle qui se fait bousculer dans le métro de Séoul. Un jeune homme sourd vient l'aider et commence ainsi entre eux un dialogue où tout se passe par les sentiments. Une oeuvre délicate et qui se déguste. Nous avons voulu en savoir plus sur le travail de ce réalisateur et qu'est ce qui l'avait motivé à faire ce film. Kochipan vous invite donc à la rencontre d'un réalisateur humaniste passionné de son travail. |
Comment avez vous commencé votre carrière dans le cinéma ?
En 1999, quand j’avais 17 ans, j’ai commencé à réaliser des courts-métrages. En fait lorsque j’étais lycéen, je voulais faire être dessinateur. Durant cette période, j’ai fait des bandes
dessinées moi-même que j’ai montré à mes camarades d’école. Ils avaient aimé mon travail et m’ont demandé de faire d’autres séries. A cette époque, faire ce genre de choses m’a permis de me
familiariser avec l’écriture de scénario. J’aimais vraiment mon travail mais je trouvais qu’il y avait des limites à cette forme d’expression. Ce style de dessin était une bonne chose pour
raconter mes histoires mais c’était seulement pour lire de la bande dessinée. Je voulais montrer mon travail à travers différents modes d’expression. Avec du son , des images animées, des acteurs
et actruces…Donc c’était naturel d’évoluer vers le monde du cinéma.
Et puis j’ai toujours aimé voir des films. Mes parents étaient de grands fans de cinéma. Quand j’étais gosse, on allait très souvent ensemble au Cinéma. Cela a donc eu également une grande influence sur moi.
Ainsi quand j’avais 17 ans et que j’étais lycéen, je voulais faire mon film. J’ai donc écrit un scénario, réuni des amis qui étaient intéressés par le cinéma. C’était mon premier film. En réalisant ce film, je me sentais vraiment heureux. Donc j’ai decide de devenir réalisateur.
Pourquoi avoir choisi le format du court métrage pour votre film ?
J’étais intéressé par l’idée de « communication » entre des être humains. Je voulais parler d’espoir. Je crois que l’on peut se comprendre les uns et les autres sans un mot. Nous pouvons ressentir et nous pouvons penser. Je voulais parler des différentes possibilités de compréhension entre les humains. C’est pour ça que je voulais exprimer mon message à travers différents sens : la vue, l’ouïe, le toucher et les sentiments…C’est ainsi que j’ai mis en place une narration simple mais rempli de sources auditives et visuelles. Je voulais que le public puisse ressentir les mêmes choses que les personnages en regardant le film. C’est pour cette raison que l’histoire devint simple et que le public ne devait pas s’ennuyer. C’est pourquoi j’ai choisi le format du court métrage pour mon film « Talk ».
Le cinéma coréen est de plus en plus populaire en France. Selon vous quelle est la spécificité de l’industrie cinématographique coréen et pourriez vous nous expliquer sa popularité ?
Je vais vous livrer mes idées qui sont sans doute subjectives sur le sujet.
Mon opinion est que la variété est une des grosses spécificités de l’industrie cinématographique Coréen. Cela va des films indépendants aux films commerciaux. Il y a beaucoup de genres et de styles.
L’autre spécificité est qu’il y a beaucoup de personnes passionnées pour faire des films. A cause des échanges commerciaux avec les Etats-Unis (notamment l’accord FTA qui créé une zone de libre échange), les quotas de régulation ont été réduits. Beaucoup de films en provenance d’Hollywood ont été importés et l’industrie cinématographique est devenue inactive si l’on compare la situation avant l’accord FTA. Les budgets ne sont pas dans une bonne situation. Malgré tout, il existe encore des passionnés et des équipes conséquents dans l’industrie cinématographique coréenne.
Enfin nous avons une histoire tumultueuse si l’on compare aux autres pays. Comme vous le savez, la Corée a été envahie par le Japon au début du 20ème siècle. Au milieu du
20ème siècle, nous sommes devenus indépendants du Japon mais immédiatement il y a eu la guerre de Corée. Nos grands-parents ont du tirer sur des gens qui avaient la même nationalité
qu’eux.
Après cette guerre, la péninsule coréenne fut séparée au nord et au sud à cause d’une querelle idéologique. Après nous avons eu différents régimes fascistes pendant 30 ans.
Ce sont des histoires tristes et horribles. Mais de manière ironique, l’histoire a donné l’opportunité aux réalisateurs de faire des histoires différentes et intéressantes. Il y a tant de choses
à critiquer sur l’histoire. Bien sûr ce genre d’œuvre ne représente qu’une partie du film coréen. Il y a également beaucoup de films artistiques et scolaires également. Je pense que beaucoup de
réalisateurs coréens ont un très bon niveau d’éducation. Beaucoup d’entre eux furent des étudiants universitaires durant la période fasciste et lorsque les politiciens étaient corrompus. Ils
peuvent tenir des opinions défavorables sur le système social et ils peuvent intervenir sur beaucoup de choses. A travers ces bases historiques, ils sont en train des réaliser des films
artistiques et critiques.
Tous ces éléments font la différence avec les autres films étrangers.
On vous a connu en France avec le film « Talk ». Quelles furent vos inspirations pour écrire le scénario du film ?
Il y avait un récit de voyage qui se nomme « Ggeulim » écrit par « Byungryul Lee ». L’histoire prend racine dans ce récit. Toutefois, l’histoire était au sujet de la barrière de la communication. Mais j’ai toujours cru qu’il existait différentes méthodes pour communiquer entre les être humains. Donc j’ai pris les éléments de base de ce récit, à savoir les deux personnages et la situation, et j’ai écrit un nouveau scénario qui peut être considéré comme ma propre version.
Pendant l’écriture, j’ai récupéré des donnés de l’association coréenne des malentendants et de l’Union coréenne des aveugles. Je leur ai demandé un entretien et ils ont gentiment accepté de répondre à mes questions. Durant cet entretien, ils m’ont raconté l’histoire d’un couple : une fille aveugle et un homme sourd, tout à fait comme mon histoire !
Malheureusement je n’ai pas pu rencontrer ce couple mais durant cet entretien, ils m’ont raconté quelque chose d’intéressant. Un ami de la fille aveugle lui a demandé : « Comment peux tu parler avec lui ? Est-ce qu’il y a quelque chose que tu peux faire avec lui ? ». C’était une question tout à fait banale. De manière surprenante la fille lui a répondu « Nous savons. Je ne peux pas le voir et il ne peut pas entendre mes mots. Mais nous pouvons ressentir. Nous nous comprenons tout simplement l’un et l’autre ». Ces mots m’ont encouragé à écrire le scenario et à faire le film.
L’histoire de « Talk » se déroule dans le métro de Séoul. On est surpris de voir un récit aussi intime et où deux personnes prennent le temps de mieux se connaître dans une capitale où généralement le mode de vie est fait de vitesse et de bruit. Comment pourriez vous expliquer cette situation paradoxale ?
Dans les temps actuels, nous existons en tant qu’étranger. Les gens ne s’intéressent pas aux autres. Il ne prêtent attention qu’à eux même. Comme une métaphore du capitalisme, j’ai choisi comme lieu le métro. Des millions de gens y passent sans avoir un quelconque intérêt pour les autres.
Malgré ce capitalisme ambiant et l’attitude des personnes actuellement, je veux croire que la nature humaine reste attentionnée. Donc dans ce métro, mes personnages se rencontrent et essayent de communiquer. Ils font attention à l’un et à l’autre comme le veut la nature humaine.
J’ai voulu les faire rencontrer encore une fois dans le métro. L’endroit est composé de bruit et de la foule mais ils ressentent et se connaissent l’un et l’autre. Dans ce lieu, ils ne sont pas étrangers. Ils peuvent être amis.
En regardant “Talk”, nous avons parfois l’impression de voir une peinture plus que de regarder un film. Quel fut votre travail pour donner un tel sentiment au public ? Et décririez vous votre film de cette façon ?
Comme je l’ai dit auparavant, je voulais d’abord être un dessinateur. J’ai étudié la peinture à cette époque. J’avais prévu de suivre des cours d’Art à l’université. Je crois que cela a donc eu une grande influence sur mon travail.
Je voulais exprimer la distrance des deux personnages en donnant une certaine perspective à l’écran. J’ai utilisé le matériel prévu à cet effet avec des objectifs de 85 mm.
Et puis j’aime montrer des scènes fixes à l’écran. Comme beaucoup d’autres personnes qui font des films, je pense toujours à créer la meilleur composition scénique. Avoir étudier la peinture m’a donc influencé pour faire attention à tous ces éléments artistiques.
Et enfin je m’intéresse beaucoup à la photographie. Certains plans ont été inspirés des photos que j’ai pu voir comme “Wichtige Bilder ; Fotografie in der Schweiz”, “Lise Sarfati” , “Sean Davey”, “Bernard Faucon”...Tous les travaux de ces photographes m’inspirent pour établir les images de mon film.
La plupart du temps dans “Talk” il n’y a pas de dialogue. Les actions principales se font à travers la gestuelle et le regard. Avotre avis, les sentiments ont ils plus d’impact que les dialogues ? Et pensez-vous qu’à notre époque, rempli de messages dans notre environnement, on puisse avoir ce genre de dialogue ?
Actuellement, nous pouvons entendre tant de mots. Il y’en a trop. A travers les média, internet, les élections...Paradoxallement, l’abus de mots nous pose des problèmes pour communiquer. Il y’a tellement de mots que nous ne pouvons ressentir la vérité et la fidélité. Nous pouvons parfois ressentir quelque chose en regardant l’attitude de notre interlocuteur.
On peut ainsi voir la vérité qui ressort de notre interlocuteur en regardant ses yeux et ses gestes. Si quelqu’un ne se sent pas bien, qu’est ce qui le consolera ? Des mots de réconfort ? Ou alors un regard attendrissant, avec un véritable sourire et des gestes chaleureux ? Parfois les gestes sont plus forts que les mots.
Quelle fut votre motivation pour présenter votre film en France ?
Il y avait un site internet, www.shortfilmdepot.com et je l’ai visité. J’ai pu ainsi avoir des informations sur le festival cinérail.
Vous avez reçu en mars le grand prix du festival Cinérail. Quel impact peut avoir un tel prix sur vous et votre travail ?
Ce fut une grand surprise pour moi. Je fais des films depuis 1999 et c’était le premier “Grand prix” d’un festival que j’ai pu recevoir. C’est vraiment un très grand honneur et je suis content de ce prix. Cela me donne confiance dans mon travail.
Mais je garde à l’esprit de ne pas être arrogant avec ce genre de prix. Il y a encore beaucoup de choses auxquels je dois penser et que je dois étudier.
Quels sont vos projets et pourra-t-on voir des prochaines oeuvres en France ?
Je suis en train de prévoir de faire un autre court métrage pour septembre 2009. C’est à propos du rétablissement de la nature humaine. J’espère pouvoir rencontrer encore le public en France mais cela dépend des programmateurs et des jurys des différents festivals :)
Bien sûr, je ferai de mon mieux pour mon travail, comme d’habitude.
© Kochipan - Avril 2009 - Interview réalisé par E-mail
Merci à JungKook Han d'avoir pris le temps de répondre à nos questions
Merci également à Mireille Martin, Etienne Mortini et l'équipe de Cinérail pour nous avoir fait découvrir le film "Talk" et qui ont rendu possible cette interview