Samedi 23 mai 2009
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Auteur : Aki Shimazaki
Titre : Zakuro
Origine : Quebec
Editeur : Acte Sud/Lemeac
Date de publication : 2008
Genre : Roman
Résumé : Nous sommes dans les années 70 au Japon. Tsuyoshi Toda a vu pour la dernière fois son père en 1942 quand il était parti
travailler en Mandchourie et lorsqu'il fut déporté en Sibérie. Depuis il n'a eu aucune nouvelle. Sa mère atteinte de la maladie d'Alzheimer perd peu à peu contact avec la réalité mais garde un
profond espoir de revoir son cher mari.
Un jour un très bon ami de Tsuyoshi lui dit avoir retrouvé trace de son père. Celui-ci acceptera de revoir son fils et de lui expliquer pourquoi depuis tout ce temps il n'a donné aucune
nouvelle....
Note : Aki Shimazaki est une écrivain née au Japon et qui a immigré au Canada en 1981. Elle a reçu de nombreux prix littéraire
notamment avec son cycle "Le poids des secrets". "Zakuro" est son deuxième roman de son nouveau cycle entamé avec Mitsuba. Il est à noter que l'écrivain écrit dans la langue de
Molière.
Critique : C'est avec "Zakuro" que nous faisons, à Kochipan, connaissance de l'oeuvre d'Aki Shimazaki. Et quelle oeuvre...Cette histoire
nous permet de mieux connaître l'Histoire du moins cette période trouble où des Japonais (civil et militaire) furent retenus prisonniers dans ce qui fut l'URSS suite à la défaite du Japon durant
la seconde guerre mondiale. Une période assez méconnue dans nos contrées et qui mérite que l'on s'y attarde.
C'est toujours extrêmement délicat d'aborder ce type de sujet. En effet comment arriver à évoquer les destins de ces Japonais qui ont participé
d'une manière ou d'une autre à la colonisation de la Chine et à l'horreur qui s'en est suivi, sans en faire des martyrs ou d'odieux salopards. Il existait sans doute un grand nombre de personnes
dont les décisions et les conséquences belliqueuses dépassaient de loin leur simple existence. C'est tout simplement émouvant et l'ensemble est construit avec une fine sensibilité. Pas de grands
discours ou de destin héroique. C'est une vie qu'aurait pu connaître n'importe quel individu lambda. On rentre dans le sujet car il est plausible. On a l'impression de vivre ce drame familial et
les sentiments qui parcourent le protagoniste lorsqu'il rencontre son père, on les vit également. Le récit est vraiment très bien construit et il se lit sans difficulté. Même s'il fut rédigé en
Français, l'auteur a eu la bonne idée d'y introduire des mots clefs en Japonais ce qui nous permet de mieux comprendre certaines notions ou certains éléments culturels typiquement Japonais. Le
symbole même du "Zakuro" est remarquable et quelle bonne idée d'avoir choisi cette métaphore pour expliquer ce récits et les sentiments qui le parsèment.
Toutefois ce roman n'est pas exempt de reproche et il est sans doute
dommage de ne pas avoir assez expliqué l'ensemble de l'Histoire. Parler de la colonisation de la mandchourie en occultant les horreurs commises là-bas peut être un peu maladroit. On pourrait
penser à des détails historiques mais ce n'est malheureusement pas le cas.
Mais malgré ce manque certain, Aki Shimazaki a quand même réussi à ne pas tomber dans le piège du tout Japon victime. Il suffit de voir la
figure de H., membre de l'armée, qui derrière les grands et beaux discours patriotiques se révèle être un vil personnage. Ce personnage peut résumer à lui seul la critique du pouvoir militariste
qui a conduit le Japon au pire excès et atrocités à la fois au Japon mais aussi sur le reste de l'Asie.
Par ailleurs, il faut avoir une bonne connaissance historique à la fois au niveau de la seconde guerre mondiale mais aussi à travers l'histoire
du Japon des années 70. Toutefois même avec des lacunes à ce niveau là on peut grandement apprécier ce roman qui démontre une fois encore que l'horreur et les victimes étaient dans chaque camp.
La seconde guerre mondiale a ammené à briser des familles.
Au final nous avons là une belle histoire, très touchante où on s'identifie aux différents personnages. Beaucoup de retenu pour un récit aussi
poignant qu'efficace. Un roman vivement conseillé qui montre que l'on peut avoir des qualités littéraires combinées à un récit boulversant.
Note Kochipan : 9/10