Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 08:00
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Titre : Des Amis

Auteur : Baek Nam-Ryong

Origine : Corée du Nord

Date de publication en Corée du Nord : 1988

Date de publication en France : 2011

Traduction : Patrick Maurus

Editeur en France : Actes Sud

 

Résumé : Ce livre nous invite à partager les investigations d’un magistrat qu’une femme a saisi d’une demande de divorce – et qui se trouve donc confronté à un dysfonctionnement social. Là-bas, en effet, les affaires privées engagent l’intérêt public. Et en l’occurrence, la requête est rendue particulièrement délicate par les professions respectives des époux : la demanderesse est cantatrice, et elle se plaint de l’incompréhension “culturelle” de son mari – qui est ouvrier. L’enquête menée par le juge dans l’entourage du couple va donc prendre rapidement un tour quasi politique…(officiel)

 

Note : Il s'agit du premier roman nord-coréen à être traduit en France. Baek Nam-Ryong est un écrivain reconnu en Corée du Nord. Il a commencé sa vie professionnelle en étant ouvrier.

 

Critique : Sortir une oeuvre culturelle provenant de la République Démocratique de Corée (Corée du Nord pour les intimes) est déjà en soi un événement tant il est rare de pouvoir accéder à ces créations depuis nos pays occidentaux. Il s'agit aussi d'un formidable coup de pub pour l'éditeur qui réussira cet exploit comme c'est le cas avec "Des amis" qui n'est rien de moins que le premier roman de cet étrange pays à être traduit dans la langue de Molière. Comme lors des chroniques réalisées à l'occasion de la sortie des premiers films nord coréens en France, une certaine appréhension prédominait avant même la lecture de ce roman avec les mêmes problématiques.

Comment faire l'approche d'une création ayant pour origine un territoire qui conditionne ses individus à un culte de la personnalité de ses dirigeants de manière quotidienne ?  La préface de ce livre est d'ailleurs là pour préparer le lecteur à d'éventuels éléments qui pourrait l'interpeler voire le choquer.
Une chose étonnante est que le roman ne mentionne jamais le "cher leader" (Kim Jong Il, ancien dirigeant de la Corée du Nord) ou sa famille, fait plutôt rare quand on sait qu'il est impossible de regarder un film, écouter une chanson ou voir la télévision nord-coréenne sans qu'il soit fait mention à l'un des dirigeants du pays. Par contre le parti (du travail) lui est bien là et régit l'ensemble de la société. L'auteur d'ailleurs ne prends aucun recul sur certains thèmes et se retrouve parfaitement dans la ligne directrice idéologique de son pays notamment lorsqu'en évoquant le passé d'un de ses personnages il s'exclame : « Elle avait perdu ses parents dans un bombardement des salauds américains »
Baek Nam-Ryong sait se montrer critique notamment envers certains dirigeants intermédiaires qui profitent  du système pour détourner des biens matériels au détriment des ouvriers. Si le propos peut paraître comme étrange dans un pays comme la Corée du Nord, l'auteur ne remet jamais en cause pour autant ce système bien au contraire si celui-ci connaît des dysfonctionnements c'est le fait de ce genre d'individus. Le parti lui comprends très bien quelle marche à suivre pour son peuple et l'idéologie en place est la meilleure.
Au delà du caractère politique qu'il peut revêtir, il s'agit surtout d'un témoignage de la société nord-coréenne et des ses fondamentaux à commencer par la famille. Alors qu'en occident celle-ci est perçue comme un noyau individualiste dans la société, en Corée du Nord elle en devient un maillon essentielle de cet ensemble.
Il est intéressant de voir quelle position occupe le Juge aux affaires familiales (chargé des divorces) dans ce pays et quelle approche il fait de son métier. C'est un véritable sacerdoce qui s'étend bien au delà de ses propres fonctions et qui devient une cause incontournable au bon fonctionnement de la nation.
 L'occasion pour le lecteur de se rendre compte également d'une Corée du Nord où plane un machisme latent dès les premières pages d'ailleurs où l'une des protagonistes dit : « Ca me va si vous ne faites pas le dîner. C'est un travail pour femme (….). »
Lorsque l'on aura mis de côté ces éléments, ce roman, malgré quelques longueurs, se laisse lire et peut y trouver un écho chez nous de par son universalité. Il permet de mettre en lumière notre propre quotidien et notre relation au travail. Malgré la naïveté du discours, le lecteur appréciera la sensibilité ambiante.
« Des amis » est donc un beau coup éditorial de la part de l'éditeur Actes Sud. Sans surprise le roman s'inscrit pleinement dans l'image que l'on peut se faire de la Corée du Nord. Toutefois il possède un certain charme qui pourrait éveiller la curiosité des lecteurs.

Par Kochipan - Publié dans : Littérature/Lecture - Communauté : Asi@
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