Partager l'article ! Hommage à Araki Shingo - Interviews: Le 1er décembre 2011 disparaissait l'un des plus g ...
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Le 1er décembre 2011 disparaissait l'un des plus grands acteurs du monde de l'animation japonaise : Araki Shingo. Si le grand public ne connaissait pas forcémment l'artiste, son travail reçut un accueil unanimement positif à travers le monde. Il fut charcter designer (créateur graphique voire psychologique de personnages) sur de nombreuses séries à succès : Lady Oscar (Versailles no Bara), Ulysse 31...mais surtout Les Chevaliers du Zodiaque (Saint Seiya) où il laissa une empreinte indélébile. A Kochipan on tenait rendre hommage à ce grand Monsieur mais plutôt que de faire une énième biographie nous avons décidé de laisser la parole à des professionnels qui ont su exprimer au mieux qui était ce personnage talentueux. Olivier Pacciani (responsable nobi nobi !), Pierre-Alain Dufour (responsable nobi nobi !), Olivier Fallaix (rédacteur en Chef Animeland), Alexandre Rozier (Journaliste Animeland et Japan lifestyle, Animateur et journaliste Generikids) et Cédric Messaoudène (Journaliste Mata-Web) ont répondu présent à cet hommage à travers une interview croisée.... |
Quelle a été votre première approche de l'oeuvre de Shingo Araki
?
Olivier Fallaix (Animeland) : Il y a d’abord eu une approche inconsciente : Shingo Araki a
travaillé sur un grand nombre d’anime qui ont bercé mon enfance : de Goldorak à Saint Seiya, en passant par Lady Oscar, Ulysse 31. Bien sûr, à l’époque, j’ignorais qui se cachait derrière
ces productions. Au milieu des années 90, en s’intéressant d’un peu plus près à l’animation japonaise, on a commencé à mettre des noms sur des réalisateurs, des compositeurs ou des animateurs.
Certains se détachaient immédiatement par un style qui leur était propre et Shingo Araki a fait partie des premiers noms qui ont émergé.
© Animeland
Alexandre Rozier (Animeland,Japan Lifestyle & Generikids) : Bonjour, ma première approche avec son oeuvre fut les personnages de Thémis et Noumaïos. J'ai été séduit par leur grâce . Ensuite est venu Lady Oscar et enfin Saint Seiya.
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Cédric Messaoudène (Mata-Web) : Ma première approche de son œuvre remonte aux années 80.Nombre
des séries dont Shingo Araki était le chara-designer était diffusée à la télévision (Goldorak, Ulysse 31,Lady Oscar, les chevaliers du zodiaque..). Si ces animés ont pour point commun la beauté
du design du personnage, ce n’est que bien plus tard que j’ai appris que ce design était l’œuvre d’une seule et même personne :Shingo Araki.
© Mata-Web
Olivier Pacciani et Pierre-Alain Dufour (nobi nobi!) : Comme la plupart des petits français dans
les années 70-80, notre première approche du travail de Shingo Araki s’est faite par l’intermédiaire des dessins animés sur lesquels il a travaillé avec talent. Les chevaliers du Zodiaque, Lady
Oscar, Ulysse 31… sans le savoir à l’époque, derrière toutes ces œuvres qui nous ont fait rêver se cachait le même homme !
© nobi nobi !
Shingo Araki est notamment reconnu pour le travail qu'il a réalisé en tant que Chara-designer. Selon vous qu'a-t-il apporté à ce métier ?
Olivier Fallaix : Le travail du character designer consiste notamment à simplifier au maximum les
traits d’un personnage afin qu’il soit facile et rapide à animer. Malgré cette simplicication, les personnages de Shingo Araki avaient toujours une grande classe. Mais ce qu’on sait moins, c’est
qu’il savait aussi s’effacer (sur Yu-Gi-Oh !, par exemple). Son travail a eu une grande influence sur de jeunes animateurs.
Alexandre Rozier : Je pense qu'il a su apporter son propre style : une élégance et un carisme aux
personnages. Un style qui a d'ailleurs été imité parfois. Je pense souvent à Saint Seiya quand je me dis qu'il a sur porter une oeuvre, une histoire au plus haut niveau grâce à ses son talent. Il
a su donner une personnalité à ses dessins et c'est à mon sens essentiel.
Cédric Messaoudène : Le poste de Chara designer est l’un des plus complexes et des plus
importants lors de la réalisation d ‘un anime. Shingo Araki a eu la chance de participer en tant que Chara designer a des œuvres ayant une identité très forte qui ont marqué le public. Il a su
marquer les esprits par son style (visages angéliques, chevelure au vent, visages hachurés ou déformés par la douleur, une de ses marques de fabrique)
Il y aussi une autre force dans le travail de Shingo Araki : savoir transcender, aller au delà du dessin de base pour
proposer un travail absolument remarquable. La qualité des dessins des mangas Grendizer ou Saint Seiya est bien piètre à côté de ce qu’a pu apporter par la suite Shingo Araki !
Olivier Pacciani et Pierre-Alain Dufour : Shingo Araki a énormément apporté en tant que
chara-designer. Il a sublimé les œuvres sur lesquelles il a travaillé, en leur insufflant beaucoup de dynamisme, de rythme, grâce à son esthétisme particulier et reconnaissable entre
mille.
Si vous deviez choisir une oeuvre sur laquelle il a travaillé quelle serait-elle
et pour quelle raison ?
Olivier Fallaix : Saint Seiya et les différents travaux autour des œuvres de Masami Kurumada. Ce
qu’il a créé était si réussi que son dessin a influencé jusqu’à l’auteur lui-même : c’est flagrand, quand on regarde l’évolution du manga vers la fin. Shingo Araki n’aimait pas qu’on lui
fasse cette remarque, mais c’est vrai.
Alexandre Rozier : Je ne vais pas être original mais je dirai Saint Seiya car il a vraiment
contribuer à grandir l'oeuvre. Son character design est une des clefs du succès de la série. A travers son dessin on ressent le tourment de ces personnages souvent torturés par leur destin et
leur devoir.
Cédric Messaoudène : Sans hésitation, Saint Seiya. S’il ne faut pas sous-estimer le scenario et
la trame créées par Masami Kurumada, les dessins du manga , du moins pour les tous premiers volume sont assez laids, représentant souvent les visages des personnages de ¾. Le design du dessin
animé se démarque radicalement des dessins du mangaka, apportant ainsi à Saint Seiya un succès populaire immédiat. Les personnages sont reconnaissables entre mille, avec son style inimitable,
notamment au niveau des coiffures et des visages. Une fois de plus, son tandem avec Michi Himeno, autre chara designeuse célèbre qui sera aussi son assistante attitrée de renom fait
mouche.
L’une des clés du succès de cet animé réside ans la beauté de son design, d’ailleurs Saint Seiya aura une renommée qui
dépassera de loin le Japon.
Olivier Pacciani et Pierre-Alain Dufour : C’est très difficile de choisir, tant les œuvres sur
lesquelles il a travaillé sont de qualité.Mais Saint Seiya / Les chevaliers du Zodiaque a une aura (ou plutôt un cosmos ^^) particulière pour nous. C’est certainement l’un de ses travaux qui nous
a le plus marqués étant enfants, c’est pour cette raison que nous avons un si grand attachement à cette saga.
© Toei Animation
Comment expliquez-vous la popularité de l'artiste qui s'étend bien au delà du Japon ?
Olivier Fallaix : Au delà de son indéniable talent, il faut admettre que ce sont d’abord les
œuvres sur lesquelles il a travaillé qui l’ont fait connaître. Si Saint Seiya n’avait pas eu un tel succès à l’étranger, et notamment en France, on ne se serait peut être pas intéressé
d’aussi près à son travail.
Mais sa popularité vient surtout du fait qu’il a été l’un des premiers dessinateurs a venir en France. C’était en 1995, à
Cartoonist, à Toulon. A cette époque, il était impossible de faire venir des auteurs de manga car ils restaient inaccessibles. Shingo Araki est venu en toute simplicité dans un salon qui
commençait à rayonner et à une époque où la pop culture japonaise était en pleine croissance. C’est donc à la fois sa carrière et le contexte de sa venue qui l’ont rendu si populaire. Ce qui l’a
d’ailleurs toujours étonné : au Japon, peu de gens s’intéressent à ces métiers de l’animation.
Alexandre Rozier : Je l'explique par son talent, par le succès phénoménal de Saint Seiya. Je
pense que c'est également du au fait qu'il soit venu en France plusieurs fois et très tôt (dès les premières conventions). Son humilité et sa gentillesse son aussi à l'origine de sa
popularité.
Cédric Messaoudène : La popularité de l’artiste vient du fait qu’il a œuvré sur de nombreuses
séries qui ont connu un succès international. Grendizer, Ulysse 31, Versailles no Bara, Saint Seiya ;Yu-Gi-Oh, Hokuto no Ken, des séries qui s’adressent à des publics adultes ou plus jeunes, à la
fois pour les filles, ou les garçons, ou bien mixtes. De plus ces œuvres ont souvent un caractère international, évoquant l’histoire, se situant à d’autres époques, ou portant des thèmes
fédérateurs, ce qui rend intemporel le succès de Shingo Araki.
Olivier Pacciani et Pierre-Alain Dufour : C’est certainement son talent avant tout qui lui a
permis d’être mondialement reconnu.
Vous avez eu la chance de pouvoir le rencontrer. Qu'est ce qui vous aura
particulièrement marqué durant cette entrevue ?
Olivier Fallaix : Il était humble, mais il avait une énergie incroyable. Même s’il s’était retiré
du métier, il avait encoire soif de dessiner, notamment sa BD Sourire d’enfance qui lui tenait très à cœur.
Alexandre Rozier : Je me souviens qu'il a été surpris que je lui parle de Lady Oscar, car il
s'attendait certainement à ce que je pose des questions sur Saint Seiya. Ce qui m'a le plus touché c'est sa simplicité et son humilité. Il a été d'une très grande gentillesse.
Cédric Messaoudène : Je n’ai malheureusement pas eu la chance de le rencontrer. Je vais quand
même citer une anecdote qui m’a été racontée. Lors de sa dernière venue en France, certains fans ont eu le privilège d’assister aux séances de dédicaces qui étaient proposées. Les fans qui ont pu
obtenir une dédicace du maître ont tous évoqué son amabilité, son extrême gentillesse, son humilité et surtout l’émotion qu’il avait d’aller à la rencontre de son public Français.
Olivier Pacciani et Pierre-Alain Dufour : Cela a été un grand honneur et une grande chance de le
rencontrer il y a quelques mois de ça. Ce qui nous a le plus marqué, c’est son humilité. Il nous a parlé de son travail avec beaucoup de simplicité et de sincérité, c’était vraiment très
touchant. Les plus grands sont souvent ceux qui font les choses avec leur cœur.

Si vous deviez retenir une chose de son héritage artistique quelle serait-elle ?
Olivier Fallaix : Il fait partie de cette génération d’animateurs grâce à qui l’animation
japonaise est ce qu’elle est devenue. Pendant des décennies, ils ont tout donné pour faire ces séries ou ces films désormais cultes. Il ne faut pas oublier que si le Japon est le seul à produire
des dessins animés qu’il rentabilise sur son unique territoire, c’est parce que des gens comme Shingo Araki ont travaillé sans relache sur ces productions, parfois sans se péroccuper de leur
santé. Sans être aussi pessimiste que Hayao Miyazaki qui pérdit la mort de l’animation japonaise, je pense qu’une page sera définitivement tournée avec la disparition de cette
génération.
Alexandre Rozier : Je dirai la finesse de son trait.
Cédric Messaoudène : Question difficile à répondre, au vu de la richesse de sa carrière Je dirai
Saint Seiya. Shingo Araki a assuré le design de cette œuvre pour la première sérié animée (114 épisodes de 1986 à 1988), les 5 films et Saint Seiya Hadès.Si l’animé est à ce point plébiscité et
aussi magnifique, c’est grâce au design qu’il a conçu.
Pour se donner une idée de son travail, j’invite tout particulièrement les amateurs de son œuvre et de Saint Seiya à se
procurer l’artbook Hikari ( la lumière, en Japonais) revenant sur le travail du maître qu’il a effectué sur Saint Seiya avec Michi Himeno. Dans une interview passionnante, il revient notamment
sur sa carrière, et bien entendu Saint Seiya.
Olivier Pacciani et Pierre-Alain Dufour : L’extrême dynamisme de son trait, l’intensité qu’il a
réussi à apporter à ses dessins, insufflant ainsi à ses personnages beaucoup de vitalité et d’humanité, tout cela dans une élégance et un esthétisme rare. Il nous manquera humainement et
artistiquement, c’est certain.
© Interview réalisée par E-mail - Kochipan (février 2012)
Un grand merci à Olivier Fallaix, Alexandre Rozier, Cédric Messaoudène, Olivier Pacciani et Pierre-Alain Dufour d'avoir accepté cette interview hommage.
Site d'Animeland