Partager l'article ! Interview : Brigitte Guilbaud: Si nous pouvons nous délecter de nombreuses oeuvres asiat ...
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Si nous pouvons nous délecter de nombreuses oeuvres asiatiques en France, qui est plus est dans le domaine de la littérature, c'est bien grâce au travail réalisé par les différents traducteurs qui arrivent à retranscrire dans notre langue la magie d'origine. Brigitte Guilbaud, qui est elle même écrivain, a ainsi traduit deux livres de l'écrivain chinois Yan Lianke qui nous ont profondément marquées : "Les jours, les mois, les années" et plus récemment "Songeant à mon père". Nous avons donc voulu en savoir un peu plus sur son métier... |
Quel a été votre chemin pour arriver vers la langue chinoise et sa culture ?
J’ai commencé à étudier le chinois juste après mon bac, je suivais les cours du soir à l’INALCO en plus de mes études littéraires. Je ne comptais alors pas du tout poursuivre, c’était disons par curiosité. Et puis, chaque année, je me disais que ce serait vraiment dommage d’arrêter…il faut dire aussi que l’atmosphère des cours du soir à l’INALCO était très agréable, on y rencontrait des gens de tous âges et de tous horizons, chacun souhaitant apprendre le chinois pour différentes raisons…
Comment en êtes vous venu à traduire des oeuvres littéraires ?
Par amour de la littérature.
Comment se passe le travail d'adaptation d'une oeuvre et comment réussissez vous à conserver l'émotion et l'esprit du livre original ?
C’est une question à laquelle il est bien difficile de répondre. Je crois qu’un traducteur s’imprègne dans un premier temps du texte qu’il doit rendre dans sa langue maternelle. Cette « imprégnation » est très profonde, surtout si l’on aime le texte que l’on a sous les yeux, ce qui est mon cas. Ensuite, on fait appel à nos propres ressources littéraires, c'est-à-dire à tous les livres que l’on a pu lire. Je lis beaucoup.
Vous avez traduit notamment deux romans de Yan Lianke. Quels sont vos rapports avec cet auteur et quel regard porte-t-il sur votre travail ?
Nous nous sommes rencontrés pour la première fois l’année dernière, après que j’ai traduit « Les jours, les mois, les années ». Cette première rencontre a été très émouvante, pour moi comme pour lui je pense. Je sais qu’il est très heureux de voir une partie de son œuvre traduite en français. Mais pour le reste, c’est à lui qu’il faudrait poser la question !
Yan Lianke est originaire du Henan en Chine. A-t-il donc une façon particulière de s'exprimer et avez vous rencontré des difficultés ?
Oui, la langue de Yan Lianke est unique, elle allie certaines tournures extrêmement concises du chinois classique à d’autres plus courantes mais teintées de son dialecte. Mais surtout, c’est une langue très inventive, qui fait surgir des images, des sensations inattendues. Une langue éminemment littéraire donc. Toutefois, Yan Lianke n’est pas un « faiseur », je veux dire qu’il n’abuse jamais de ce que l’on pourrait appeler la virtuosité littéraire, la « forme » que prend son écriture est toujours au service d’un « fond » authentique. Donc, si j’ai bien souvent du mal, beaucoup du mal, à rendre en français telle ou telle tournure, je peux tout de même toujours avoir recours à ce « fond », et finalement, il me paraît impossible de ne pas lui être fidèle. En somme, je n’ai jamais peur de ne pouvoir parvenir à rendre le sens, l’esprit d’un texte de Yan Lianke, je crains en revanche toujours de ne pas être à la hauteur pour en rendre la poésie, la force.
Vous êtes également écrivain. Percevez vous une sensibilité littéraire commune avec Yan Lianke ?
Oui, mais comment la définir ? J’ai une très grande admiration pour l’œuvre de Yan Lianke, il me semble qu’elle touche à l’essentiel. Le désespoir, la sensualité première du rapport de l’homme à la nature…
Si un éditeur chinois serait amené cette fois-ci à traduire vos écrits quel regard porteriez vous sur ce type de projet ?
Je n’ai pas derrière moi une œuvre si conséquente !
Je ne peux pas envisager un tel projet, en tout cas pas pour l’instant !
Vous avez eu l'occasion de vous rendre en Chine. Comment est perçu Yan Lianke dans son propre pays ?
Yan Lianke est un écrivain très connu, il a obtenu des prix prestigieux pour certains de ses livres, mais d’autres ont été censurés…Un livre comme « Les jours, les mois, les années » par exemple, est étudié au lycée. En revanche, « Le rêve du village des Ding » est toujours interdit.
© Interview réalisée par E-mail - Kochipan (Mai 2010)
Un grand merci à Brigitte Guilbaud pour sa gentillesse et pour avoir accepté de répondre à nos questions
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