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Il est rare que Kochipan s'infiltre dans le milieu musical du métal gothique. Pourtant on ne peut résister bien longtemps au groupe taïwanais Crescent Lament. La formation souhaite que ses auditeurs se penchent sur lourd passé de Taïwan et plus généralement sur la guerre qui semble omniprésente dans leurs esprits. On ressent cette douleur au fur et à mesure que nous discutons avec le groupe mais aussi en écoutant leurs chansons. Crescent Lament prends maintenant la parole et c'est sur Kochipan que ça se passe ! |
Pour les personnes qui feraient votre connaissance aujourd'hui pouvez-vous vous
présenter ?
Crescent Lament est un groupe de métal Gothique venant du pays insulaire de Taïwan dans l'est de l'Asie. Le groupe a été
fondé le 28 février 2007. Nous avons pris part à différents festivals de musique à Taïwan comme le Whale Fight Round 2 et le Formoz Festival en 2008. Nous avons été invités également à jouer avec
les groupes Lacrimosa lors du Sehnsucht World Tour à Taipei et Chtonic lors de leur tournée mondiale à Taipei en 2009. Après avoir sorti deux singles, “Crescent Lament” et “The Forgotten
Winter”, nous avons sorti notre premier album en Anglais : “Behind the Lethal Deceit” en novembre 2011.
Crescent Lament est un groupe composé de sept personnes : Muer Chou (Vocaliste soprano), Komet Chou (batteur et
compositeur), Warose Chen (Synthétiseur et voix de grognement), Wick Hsu (Basse guitare), Wat Chiu (Guitare), Taur Yang (Guitare) et Heven Chang (Violon). Les membres de Crescent Lament ont
tous connus différents chemins. Ils sont Physicien, conseiller psychologique, ingénieur électrique, manager dans le domaine du commerce et ingénieur musical. Alors que la plupart des membres ne
sont pas musiciens à plein temps, nous essayons de créer une musique éclatante avec notre profonde passion pour le métal gothique.
Si vous deviez décrire le style musicale du groupe comment le feriez-vous
?
Nous espérons faire le portrait de l'ombre de l'humanité et des conflits à travers une musique de métal Gothique ; on
espère créer une profonde, splendide, noire et belle atmosphère à travers la description de différentes émotions comme la cruauté et la tendresse qui sont au plus profond du coeur
humain.
C'est ce qui définit Crescent Lament : la faible lumière du croissant de lune qui est le dernier morceau d'espoir sur
lequel les gens peuvent s'appuyer durant la nuit noire et calme remplie d'émotions négatives !
En écoutant vos chansons on a la sensation d'être balancé entre des ambiances
lumineuses et sombres. Qu'avez-vous souhaité exprimer à travers ces impressions et quel est votre travail pour créer ce genre d'atmosphère ?
Avant de répondre à cette question, nous voulons faire une brève description sur l'histoire et la situation actuelle de
Taïwan :
“Dans les siècles passés, Taïwan fut dirigée par différents pouvoirs colionaux assoifés de sang et a été exploitée
par des régimes autoritaires, faisant d'elle une île remplie de souffrance avec des conflits historiques. Bien que Taïwan puisse apparaître comme étant une société civilisée et libre, elle est
toujours profondément troublée par des tensions ethniques qui sont le résultat de répression et de manipulation du passé. Par ailleurs, alors que Taïwan soit un état souverain et
indépendant, elle est toujours rejetée par les Nations Unies du fait des menaces continuelles de la Chine et les 2,3 millions de personnes libres sont toujours orphelins sur la scène
internationale.”
En d'autres mots, du fait de l'histoire compliquée et de son unique position dans la communauté internationale, Taïwan est
toujours en train de rechercher l'équilibre entre son passé douloureux et son futur incertain. Avec la mélodie qui est parfois excitante, parfois également modeste et triste, notre musique fait
le portrait de la rage, des cris, des déceptions et un peu d'expectation à travers l'esprit des gens libres de Taïwan.

La musique Taïwanaise actuelle est notamment connue pour ses vagues pop et rocks.
Comment en êtes vous venu à la musique métal Gothique ?
Nous avons décidé de devenir un groupe de métal Gothique car avant tout nous aimons le profond contraste qui existe dans ce
style musical et dans l'atmosphère de cette mélodie raffinée. De plus, nous croyons que l'essence de la musique métal Gothic est très confortable peut recompter les histoires de Taïwan remplies
de douleurs et de conflits.
Nous sommes intéressés pour faire des chansons qui dessinent la relation contradictoire entre les côtés obscurs et lumineux
de l'humanité, toute comme la lutte et la douleur des personnes ordinaires. Dans notre premier album, nous avons voulu exprimer combien les Taïwanais ont fait face à l'exploitation, aux menaces
et aux émotions négatives.
Le public taïwanais a notamment fait votre connaissance grâce à vos sessions
lives comme au Formoz Festival. Quel souvenir gardez-vous de ces événements et comment les préparez-vous ?
Le Formoz Festival de 2008 est l'une de nos expériences lives la plus mémorable ! Nous avons joué sur une scène en plein
air sous un climat orageux et des éclairs car Taïwan fut touché par le typhon Phénix où le festival a pris place. Au début, nous étions inquiets que l'événement puisse être annulé du fait du
temps et que nous perdrions cette opportunité de jouer. Mais grâce à l'aide des organisateurs de festival, le concert a pu continuer en dépit du temps. Ce qui nous a beaucoup touché c'est que
lorsque nous fûmes sur scène il y avait un peu de secousse du fait du fort vent, il y avait des centaines de gens dans le public, portant des imperméables et qui nous attendaient pour chanter.
Sous un temps orageux et sous une pluie battante, nous tous et le public apprécions la musique Metal Gothique. Par ailleurs, quand nous avons joué la dernière note, un grand éclair a conclu
cette représentation et le public a applaudi ! Nous étions tous trempés du fait de la pluie et de la sueur, mais nous avons tous brûlé à l'intérieur.
Du fait de la passion du public taïwanais, nous prenons nos concerts très au sérieux. Dans le but d'avoir une meilleur
représentation, nous faisons les répétitions et la mise en place du concert trois mois avant, en espérant donner au public la meilleure impression du groupe.

Comment en êtes vous venus à choisir l'Anglais plutôt que le mandarin pour vos
chansons ?
Depuis le début, Crescent Lament a écrit des chansons en Anglais, la raison est simple, mais triste. Taïwan a été exclue de
la communauté internationale et la voix des Taïwanais a été baillonnée du fait des menaces militaires continuelles de la Chine. Nous voulions raconter au monde l'esprit libre des Taïwanais à
travers une musique et des paroles sans frontières en Anglais.
Comment se déroule le processus de création d'une chansons
?
Du fait que nous souhaitions parler des conflits dans l'humanité et des conflits auxquels doit faire face Taïwan, nous
élaborons d'abord une histoire avant de créer la musique. Par exemple, dans "Behind the Lethal Deceit” un album conceptuel qui décrit les tragédies de la guerre, nous avons mis tout d'abord en
place une histoire que nous avons divisée en différentes sections de la même manière que nous ferions un film. Ensuite en fonction des différentes scènes dans chaque partie nous écrivons la
chansons qui correspond aux émotions de chacune de ces sections. Du fait de cette façon de travailler, certains auditeurs nous ont dit que c'était comme s'ils regardaient un film tout en écoutant
notre musique.
En ce moment, toutes les chansons sont composés par le batteur Komet qui fait les connexions entre la musique et l'histoire
mais également les arrangements. Plus tard, chaque membre du groupe. Par la suite chaque membre du groupe aidera à fixer les détails pour compléter la chanson. Pour un album conceptuel, le fait
que ce soit composé par une seule personne rend la musique plus harmonieuse mais nous espérons que dans l'avenir chaque de nous pourra composer ensemble pour donner quelque chose de plus
riche.

Vous avez évoqué votre premier album “Behind the Lethal Deceit” sorti en novembre
dernier, 4 ans après votre création. Que s'est-il passé pour le groupe entre ces deux événements ?
Durant la période 2007-2009 nous avons écrit des chansons à vive allure, avons enregistré des singles, et nous avons pris
part à des concerts afin d'accumuler l'expérience et construire des relations. Durant le même temps nous avons mis en place notre site internet, créé notre logo et d'autres matériels
promotionnels en espérant qu'avec la musique et les visuels, les auditeurs pourraient mieux comprendre le message que nous essayons de leur transmettre.
De 2009 à 2011 quand des membres du groupe ont du faire leur service militaire, nous avons arrêté les concerts en public et
nous avons commencé à enregistrer l'album “Behind Lethal Deceit”. Ce fut notre première tentative de créer un album conceptuel, nous avons donc passé beaucoup de temps à discuter de l'histoire en
revisant les chansons et en mettant beaucoup d'effort sur la création d'un livret de paroles comme un livre illustré. Pour célébrer la sortie de notre premier album, nous avons eu une tournée
autour de Taïwan et nous avons reçu de grands retours de la part des auditeurs. C'est ce qui nous a fait ressentir que nous avions accompli quelque chose de merveilleux après 4 ans de dur
travail.
Cet album est donc un album concept sur la guerre. Quelles sont les histoires qui
vont inspirées et que souhaitiez vous apporter à votre public à travers cet opus ?
Comme cela fut dit dans cette interview, Taïwan continue à faire face aux menaces militaires de la Chine et selon le
Pentagone, la Chine a déployé plus de 1000 missiles pointés sur Taïwan ! Par conséquent, les Taïwanais ont grandi en implorant la paix. Alors que la guerre qui a pris place dans l'ex-Yougoslavie
(dans les années 90) semble non connecté à Taïwan, les conflits politiques et ethniques derrière cette guerre cruelle sont similaires à ce que Taïwan fait face aujourd'hui. Ainsi des chercheurs
ont publié des articles comparant la situation à Taïwan et dans l'ancienne Yougosolavie.
Du fait de cette connexion, nous avons essayé d'utiliser l'exemple yougoslave pour montrer l'ignorance de l'utilisation de
la force et combien la paix est précieuse à travers la triste histoire de notre album conceptuel “Behind Lethal Deceit”. Tout le monde parle de paix dans le monde actuel, toutefois le mot “Paix”
signifie beaucoup plus pour nous qui devons faire face aux menaces militaires.
Vous semblez porter sur votre dos l'ensemble des douleurs taïwanaises. Comment
les choses ont-elles évoluées à Taïwan durant ces dernières décennies et pensez-vous que la musique puisse avoir un impact sur la situation de l'île ?
Taïwan ne possède pas une longue histoire écrite toutefois elle est remplie de larmes. Il y a un demi siècle, le régime du
parti nationaliste chinois (connu aussi sous le nom de Kuomintang) s'est enfui à Taïwan avec ses troupes chinoises après avoir perdu la guerre civile contre le parti communiste chinois. Avec une
grand armée et une importante force policière, le corrompu Kuomintang – qui a tué beaucoup de Taïwanais durant le massacre 228 – a petit a petit réduit la liberté de pensée et d'expression durant
les 38 années qu'a duré la loi martiale. Il fut interdit aux Taïwanais de parler leur propre langue et ils ont été forcé de parler chinois ; il fut interdit d'apprendre l'histoire taïwnaise mais
on devait apprendre plutôt l'histoire chinoise. Après la fin de la loi martiale, les Taïwanais ont semble-t-il retrouvé la liberté de pensée. Toutefois, les conflits ethniques sont toujours
présents. La transition de la justice ne s'est jamais produite à Taïwan. Ceux qui ont perpétré le massacre 228 et la terreur blanche n'ont jamais été sanctionné. Les victimes n'ont jamais eu gain
de cause devant la justice. Le Kuomintang qui est à l'origine des répressions et des meurtres est toujours le plus grand parti politique de Taïwan et le plus riche du monde. En d'autres mots, la
haine et les problèmes entre les différents groupes éthniques sont toujours là.
Mais nous sommes contents que la musique ait pu changer certaines choses. Le groupe Chthonic a chanté de nombreuses
chansons taïwanaises dans la langue taïwanaise. Beaucoup d'autres groupes prennent conscience de la culture TaÏwanaise.
L'âme de Taïwan qui fut exclu par le passé par le gouvernement, a fait changé l'attitude de celui-ci et le gouvernement a
commencé a respecté la voix du peuple.
Dans cette situation comment s'est faite l'évolution de la musique Métal Gothique
de Taïwan ?
Dans l'histoire de la musique taïwanaise, le métal n'est pas grand public et le metal gothic est encore moins courant.
Avant la naissance de Crescent Lament en 2007, il y avait moins de 5 groupes de métal Gothique à Taïwan. Il n'y a pas beaucoup à dire sur l'évolution de cette musique et les fans de métal gothic
se sentent vraiment seul dans ce pays.
Puisque Crescent Lament est le groupe de métal Gothique le plus actif à Taïwan en ce moment, nous espérons créer une
musique qui soit connectée avec l'histoire et le statut actuel de Taïwan.

Quels sont vos projets et avez-vous un message pour le public français
?
Behind the Lethal Deceit est notre premier album conceptuel qui essaye de montrer au monde la menace militaire sur Taïwan.
Sur nos prochaines musiques, nous voulons raconter l'histoire de Taïwan en y ajoutant des éléments de musique traditionnelle et en creusant encore plus profondément dans le passé douloureux du
pays. Durant les grandes découvertes, les marins portugais avaient appelé Taïwan “Ilha Formosa” ce qui signifie “La belle île”. Crescent Lament espère composer d'autres musiques uniques pour
l'île afin que le monde puisse voir Formose de nouveau.
Un grand merci au responsable de Kochipan, nous sommes très honorés. Nous espérons qu'un jour nous pourrons jouer notre
musique de la belle île de Taïwan vers le beau pays de la France.
© Photos et vidéos : Crescent Lament
© Interview réalisée par E-mail - Kochipan (Février 2012)
Site officiel de Crescent Lament